Ne me parlez pas de PISA

Nous n’aimons pas les mauvaises notes. Souvenirs d’enfance de la dureté de certains enseignants ou de moqueries mal digérées ?

L’OCDE a publié fin 2013 les résultats de son enquête, et la France de se voir encore rétrogradée : 25ème (-3 places). Le plus consternant est le creusement des inégalités (Jules Ferry peut se retourner dans sa tombe).

Les écoliers asiatiques creusent l’écart. Sur le podium des villes : Shanghai en tête, puis Hong-Kong et Singapour. La Chine serait donc le meilleur élève, le plus assidu et bosseur. Suivi par le Japon et la Corée du Sud. C’est sûr que ces pays regardent plus devant eux que derrière eux. Donc au-delà des compétences scolaires, il y a un niveau accru de motivation ! Un sacré élan national dont bizarrement personne n’ose parler en Europe. Mais on entend déjà les mauvaises langues nous rappeler les problèmes sociaux et environnementaux auxquels ces pays d’Asie, émergents ou émergés, sont confrontés. Du genre « eux aussi ont leurs problèmes ». Et cette pression quasi-militaire, cette compétition exarcerbée dès le plus jeune âge qui pousse certains jeunes à commettre l’irréparable. Et qui parfois fait hésiter les asiatiques expatriés à revenir chez eux, pour le bien-être de leurs enfants… Soit !

On peut aussi voir la question de l’autorité (disparue en Europe, bien conservée en Asie) et du trop faible sentiment d’appartenance des élèves français. Ainsi le sentiment d’être français n’est que de 47% en moyenne parmi nos petits écoliers ! Il tombe à 38% dans les milieux défavorisés contre 65% en moyenne dans les pays de l’OCDE ! Camouflet pour la République. Sont visés les problèmes d’hétérogénéité des classes en France (plus qu’en Suisse, en Pologne  ou en Finlande), les difficultés de réorientation (avec l’abandon scolaire), la culture du redoublement. L’échec scolaire n’est pas traité de la même façon. La Finlande, meilleur élève d’Europe, utilise un système d’unités de valeur (comme dans le supérieur chez nous) ce qui permet à chaque enfant de progresser à son rythme

En France l’E.N. est comme une multinationale d’un million d’employés, forte de 60 000 filiales mais sans DRH, sans commandement de proximité, avec un faible système d’encouragement et de soutien des équipes. Les budgets ne font pas tout, loin de là. Paradoxalement, l’enseignant seul face à sa classe et peu formé au métier est plus un entrepreneur qu’un simple fonctionnaire. Mais d’un côté il est bien seul face aux risques (violence verbale voire physique) auxquels il est exposé. Et de l’autre il est écrasé par les directives et des programmes surdimensionnés et pas assez concrets. « Le back office a phagocyté le front-office » (Lechyfre).

Alors que la Finlande pratique la classe inversée, mieux adaptée aux générations actuelles à l’heure de l’information à portée de main, l’E.N. ferait bien de valoriser les initiatives locales dans ce sens, tout en restant vigilante face à la fracture numérique qui reste une contrainte en vue de l’égalité des chances. Comme l’échec scolaire, le déclassement PISA n’est certainement pas une fatalité (comme le montre les progrès d’un pays comme la Pologne) mais dépasse le simple cadre d’un ministère, aussi important soit-il. Au pays de l’assistanat, héritier du jacobinisme, parents, élèves et profs :pisa-non-l-ecole-francaise-n-est-pas-si-nulle c’est toute notre société qui a reçu un « avertissement » !

Laurent

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2 réflexions sur “Ne me parlez pas de PISA

  1. L’idée même de classement reste sujet à caution. Héritage d’une vision forcément « masculine » de la société, prônant la compétition comme valeur suprême. S’interroger simplement sur la place accordée, dans le cursus scolaire, sur des activités développant l’esprit d’entraide, l’esprit d’équipe et la solidarité.
    Et ainsi équilibrer valeurs masculines et féminines pour le bien de la société toute entière !

  2. Effectivement, en France, on pense encore que l’Education Nationale n’a besoin que de moyens pour mieux fonctionner. Or, y compris à l’hôpital, on mesure à quel point l’encouragement, la valorisation des résultats sont des enjeux majeurs. Aucune augmentation de salaire ne remplace le plaisir de savoir que son travail est reconnu. Quand on est une fourmi au sein d’une énorme machine, où l’on a le sentiment que rien ni personne ne peut entendre ce que l’on a à dire, il est bien naturel de se décourager.
    L’école Française doit apprendre à se mettre en danger, à changer de méthode. Mais pour cela, il faut accepter que la société change. A quoi sert l’école, sinon à nous apprendre à nous insérer dans la société, à trouver la valeur ajoutée que l’on va pouvoir apporter au groupe des humains ? Tout simplement…

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