Un zèbre dans le moteur (économique)

A la recherche de solutions pour améliorer nos vies (être mieux plutôt qu’avoir plus),  Michèle Dubonneuil, une des pionnières de l’économie du quaternaire, souligne que nous achetons souvent : « une automobile, qui n’est souvent utilisée que quelques minutes par jour, soit rarement plus de 10 % du temps, une machine à laver qui ne sert que quelques heures par semaine, une tondeuse à gazon qui servira quelques heures par an, des logiciels qui ne serviront que très peu – sinon jamais. » Dans le cadre de l’économie quaternaire, la perspective du développement durable serait renversée : « plutôt que d’instaurer un nouveau schéma de production et de consommation à base d’éco-activités qui visent à ne pas détruire la planète et de vérifier que ce faisant on peut en attendre un peu de croissance, ne peut-on pas se donner pour objectif de mieux satisfaire nos besoins en le faisant tout autrement, et de vérifier que ce faisant on le fera proprement ! Objectif beaucoup plus ambitieux mais dont la visée donne une chance de ne pas conduire – à très court terme- à une nouvelle impasse ! » Aussi cette transition ne peut se faire qu’en reconsidérant la valeur aux yeux du client devenu « consommacteur », pour qui la valeur d’usage dépasse la simple possession d’objets.Zebre- Economie - Résistance 1913

Il s’agit d’une rupture culturelle en France, où nous avons si longtemps été aveuglés par le basculement post-industriel vers une « économie de services ». Illusion dans laquelle on allait tous finir par travailler chez Mac Do (ou Bocuse) ou chez Mickey (ou Asterix). Que nenni !! On connaît les conséquences de la désindustrialisation sur l’emploi, les erreurs du positionnement « moyenne gamme » et les blocages culturels qui associent trop systématiquement l’industrie à la pollution. On connaît aussi la pénurie d’ingénieurs et la propension des plus hauts gradés en maths à finir dans la haute finance, plus rémunératrice que l’industrie. Et depuis quelques temps on ne parle plus que de l’urgence de la réindustrialisation du pays et de l’inversion de la courbe du chômage… Avec l’économie quaternaire le design apparaît sous un nouveau jour.

Dépassé le design à la Starck ou façon Pininfarina, le « branding » et la priorité donnée à l’esthétique, à la forme ou aux couleurs originales. Bien sûr il ne s’agit pas de renier l’intérêt de concevoir de beaux produits pour en accroître l’attrait commercial. Mais aujourd’hui à l’aide de la puissance de la réalité virtuelle, nous pouvons anticiper l’usage, à améliorer l’expérience de l’utilisateur avant même la production d’un produit. Cocorico, Dassault Systèmes , leader mondial dans ce domaine, est en pointe pour favoriser une véritable révolution dans la conception de services assocités aux produits. Le virtuel permet d’effacer les distances entre le produit et le service. D’après Anne Asensio, Vice-Présidente de Dassault Systèmes en charge du « design experience », la 3D dynamique aide le client à voir et imaginer ce que tout seul il n’arrivait pas à faire. Du côté de l’entreprise aussi, le décloisonnement s’accélère. Déjà les réseaux sociaux internes font voler en éclat les anciennes frontières fonctionnelles ou hiérarchiques. Le design des services fait la part belles aux profils zébrés. L’innovation dépasse le cadre du labo, de l’équipe R&D et autres groupes d’ingénieurs. Alors le zèbre dans l’économie est-il, pour tous ceux qui ne l’ont pas vu venir, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine ?

Pour progresser, il est impératif de  mieux relier la technologie de l’entreprise et l’expérience utilisateur. Le marketing est cordialement convié au bal. Nouveaux outils (3D, réalité virtuelle, gestion du cycle de vie des produits) qui impliquent alors un nouveau management. On peut regretter que la formation initiale reste encore trop cloisonnante, séparant bien souvent les sciences humaines et les sciences dites de l’ingénieur. Car les Google ou Apple à la française de demain ne verront le jour que grâce à une collaboration renforcée et dynamique entre les personnes. Alors les zèbres capables de penser hors cadre et de communiquer avec des profils variés sont recherchés.

A la France de savoir les faire grandir, les aider à prendre leur envol et les fidéliser parmi ses « forces vives ». Mais comme disait Einstein : « Ce n’est pas avec ceux qui ont créé des problèmes qu’il faut espérer les résoudre ». La révolution culturelle est en cours au sujet de l’entreprise, mais la France reste un « surdoué qui s’ignore » d’après le fondateur d’un mouvement citoyen. N’oublions pas que les tiroirs du CNRS ou du CEA regorgent de brevets, à l’origine de plusieurs centaines d’essaims d’entreprises et de milliers d’emplois (parmi lesquelles Soitec, McPhy Energy et STMicroelectronics).

Notre économie a juste besoin de quelques zèbres !

Laurent

Ecouter le podcast « Le design, un outil de reconquête industrielle » des « Décodeurs de l’éco » (BFM TV).

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Une réflexion sur “Un zèbre dans le moteur (économique)

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