Il faut cultiver notre… microjardin

« Le travail éloigne de nous trois grand maux : l’ennui, le vice et le besoin ». « Il faut cultiver notre jardin ». Voltaire, dans Candide ou l’optimisme, nous avait prévenu. Les pieds sur terre et la tête droite, Voltaire osa déclarer qu’il ne servirait à rien de se poser tant et tant de questions métaphysiques, alors même que nous ne pourrions y apporter de réponses satisfaisantes. Eloge du pragmatisme, aujourd’hui, alors que la grande mode du jardinage, après avoir fait les choux gras des Truffaut, Jardiland et autres Botanic des belles banlieues, débarque en plein centre-ville et contamine les quartiers moins favorisés !

En Afrique, l’émission CO2 mon Amour (France Inter) a récemment enquêté sur des initiatives locales de microjardinage, qui ont fleuri au Sénégal depuis 1999. A Thiès, le CEEDD, centre d’écoute et d’encadrement pour le développement durable, vise avant tout des femmes pauvres et se veut une réponse aux problèmes alimentaires, au plan quantitatif et qualitatif. Loin des standards de l’agro-industrie, ici chaque communauté utilise ses trucs et astuces, à chacun son sens du compromis entre production agricole, respect de l’environnement et de la santé humaine. Chaque petit carré de terre se prête à l’exercice et, moyennant un peu de pédagogie et beaucoup de partage et de chaleur humaine. Ainsi plus de 180 femmes ont gagné en autonomie économique et en dignité !

Il faut cultiver

Mais la problématique de l’Ouest Africain est-elle radicalement différente de celle d’un pays comme la France ? Vade retro ridiculus.
Les formidables progrès techniques et l’ouverture de nos frontières, spécialisation aidant, ont conduit à l’effondrement de l’emploi dans le secteur primaire puis secondaire. L’utopie d’une société dépendante majoritairement du secteur des services pourrait bien ne pas résister aux limites de la physique terrestre et de notre propre humanité. Retour du balancier ? Ainsi pour des raisons évidentes d’indépendance économique, d’emploi et de santé, l’agriculture hyper concentrée, jusqu’ici grassement soutenue par Bruxelles, est menacée.

Si elle est loin de disparaître, l’agriculture « productiviste » doit apprendre à tourner la page du dogmatisme et ouvrir les yeux sur ses effets secondaires sur les hommes et sur la terre. Et la France, géant agricole aux pieds d’argile, aurait tout intérêt à faire sa révolution culturelle, à commencer dans les centres de formation, les syndicats et les laboratoires. Des brèches apparaissent, tant à l’INRA que dans les lycées agricoles, signe de progrès et de pragmatisme. La cohérence avec l’image positive de la France en matière de tourisme et de qualité (la cuisine française et la diversité des terroirs, fer de lance du tourisme « Made in France ») n’en sera que renforcée. Un pays fier de ses 400 fromages ne pourra jamais céder au seul gruyère et camembert industriel ! Après la négociation sur l’exception culturelle française, c’est au tour de l’agriculture d’être unie et cohérente pour revendiquer, à sa manière, son droit à l’exception. Sa mise à l’écart du laminoir tragique de l’OMC, aux nombreuses victimes collatérales. Pour oublier les délires agricoles d’outre-Atlantique et pour montrer l’exemple, sans arrogance, au reste du monde.

Globalement, certains estiment qu’il manquerait un milliard d’emplois aujourd’hui dans le monde. Or l’agriculture perd des emplois tant en Afrique qu’en Europe ou ailleurs. A l’image du Mali en proie aux spéculations des géants miniers (or, uranium notamment) qui réduisent les surfaces agricoles utiles. Alors que l’industrie rêve de robotisation systématique et que les services surfent sur l’intelligence artificielle (avec peu d’hommes aux manettes, à l’exception de quelques programmateurs-superviseurs) et de voitures sans pilotes, l’agriculture est sans conteste une planche de salut social à ne plus négliger. Au plan purement qualitatif, l’agriculture intensive qui devait nourrir le monde n’a toujours pas tenu ses promesses tandis que le monde agricole est tombé en dépression nerveuse. Pendant ce temps-là, un peu partout dans le monde riche et développé, des quartiers se convertissent au jardinage, en mode permaculture. Aux Pays-Bas, en Allemagne et ailleurs. Sans oublier l’essentiel, en direction des campagnes. Le monde paysan de nous autant que nous avons besoin de lui. Pour notre santé à tous et pour la beauté de nos paysages, qui font fantasmer les citadins à l’heure du week-end ou des vacances.

Mais loin de la passivité, tous au travail, et dans la bonne humeur. Car il faut cultiver notre microjardin !

Laurent

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