Rétrécissement d’horizon

Il n’y a rien de plus anxiogène que le changement lorsqu’il est mal anticipé. Lorsqu’il nous dépasse, lorsqu’on se retrouve avec l’impression de perdre le contrôle de la situation. A ce titre un départ à l’étranger, quelle que soit sa forme, livre de beaux exemples de contextes anxiogènes. Et autant d’expérience formatrices au plan personnel !

Départ vers l’inconnu, pièges du « copier-coller » culturel, refus de se soumettre aux règles locales, remise en cause professionnelle et personnelle… longue est la liste des écueils ! Il semble presque vain de rappeler que nous ne sommes pas tous égaux face au changement. On entend souvent, ainsi, qu’il y aurait des familles au « profil d’expatriés », et d’autres moins. Et qu’au sein d’une même famille, l’adaptation de chacun de ses membres est très inégale. En d’autres termes certaines personnes feraient mieux de rester chez elles, et d’autres de bouger. Avouons tout de même que c’est un peu réducteur !

Dans un couple sur le départ, au-delà du challenge professionnel du conjoint titulaire du « sésame » pour aller travailler à l’étranger, c’est bel et bien sur les épaules du conjoint accompagnant (Madame dans 80% des cas d’expatriation) que repose la charge de la réussite globale de cette expérience ! Car du côté professionnel (donc pour Monsieur dans 80% des cas) la route est souvent bien tracée. L’intégration est préparée, structurée, suivie. En effet, dans un soucis partagé par l’employé et l’employeur, l’organisation du nouveau travail se met en place rapidement. Côté conjoint, cela peut être bien plus compliqué ! Nouvelle scolarité des enfants à « digérer » au plan parental (et parfois nostalgie chez la mère et chez les enfants de la scolarité précédente). Doutes initiaux, du genre « est-ce qu’on ne fait pas une grosse bêtise ? risque-t-on de le regretter plus tard ? » Mais aussi nouveau rythme de vie pour la nouvelle maîtresse de maison (qui bien souvent doit faire le deuil de son précédent job). Perte de statut, identité troublée… et la nature a horreur du vide, y compris au plan social ! Justement, la nouveauté apparaît aussi dans un nouveau statut social, assez codifié. Ne cherchez pas de nomenclature officielle… l’expatriation est pourtant truffée de codes qu’il faut essayer de déchiffrer, d’attentes sociales spécifiques, de règles implicites, de savoir-vivre à l’étranger.

Tout à coup, c’est parti : cette nouvelle vie est là, toute fraîche dans son originalité, brute de décoffrage. Pire encore, la nouvelle destination à l’étranger peut parfois s’accompagner, paradoxalement, d’un rétrécissement du champ de vision ! Explications : alors que l’on devrait s’attendre à une ouverture de l’horizon social et culturel, le temps rattrape au galop l’élan de liberté des premiers jours. En fait, sans y prendre gare, c’est toute la charge de famille, sans filet (loin des grands-parents et amis habituels) qui vient préssuriser la journée normale de la « femme d’expat » (ou de Monsieur, plus rarement comme nous l’avons vu). Alors certes il y a des aides ménagères, certes la pression professionnelle est loin derrière soi. Certes il y aura bien quelques pauses café pendant le mois à venir. Et puis le tant attendu club d’activités sportives ou culturelles, pour respirer, entrouvrir quelques espaces de « temps choisi« , en réalisant une ou deux activités rien que pour soi ! Le tout, souvent, dans un cadre multiculturel et bienveillant. Pendant l’état de grâce initial, Madame aura souvent l’impression que tout est simple au plan relationnel, que les copines sont à tous les coins de rue. Il suffirait de se baisser, d’adresser la parole… Jusqu’au doux réveil de cette torpeur, et la routine du quotidien qui s’installe. Le tout vicieusement agrémenté par quelques désillusions au plan relationnel.

Horizon

Et au-delà de l’exaspérante routine, telle une épée de Damoclès, la perspective du retour point à l’horizon, dessinant un horizon étroit et unique, presque fatal. Soudain l’horizon se rétrécit sous nos yeux et reste ainsi, invariablement. A moins, évidemment, de franchir un jour le pas. A moins de couper définitivement le cordon ombilical qui nous liait à notre pays d’origine ! Par romantisme ou par réalisme. Et puis, plus modestement, se dire qu’il faut vivre pleinement, savourer l’instant présent et lâcher prise. Mais tout le monde n’est peut-être pas doué pour cela. Certaines personne de passage à l’étranger sont trop formatées « pays d’origine » (trop parisiennes, londoniennes ?) ou trop anxieuses face à leur avenir et à celui de leur entourage, à moyen terme. Et pourtant, des expatriés au long cours, de nouveaux apatrides semblent tourner la page. Ils ont entamé une vie plus légère, du moins en apparence.

Au final, l’expérience de vivre à l’étranger est autant un formidable révélateur de personnalité qu’un parcours semé d’embûches au plan familial. On raconte que l’expatriation causerait moult divorces, aventures extra-conjugales, déprimes ou dépressions à la pelle, comportements addictifs divers et (a)variés. Tant d’effets indésirables bien difficiles à comptabiliser. A cela s’ajoute les difficultés du retour pour tous, parents et enfants. Mais cela fait « partie du jeu ». Un jeu qui en vaut la chandelle, mais qui demande de véritables efforts d’adaptation. Des dons d’équilibriste parfois, dans un monde qui ne jure que par confort et sécurité ! Ces efforts sont nombreux : linguistique, interculturel  mais aussi plus fondamentalement, un « effort sur soi ». S’accepter tel qu’on est devenu, assumer ses choix. Sans trop regarder derrière soi, ni trop devant !

Laurent

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