Guerre et paix économiques

L’économie est une bien étrange matière. Elle aime à se définir autour de concepts d’optimum, d’équilibre économique, d’offre et de demande, de concurrence pure et parfaite. Mais dans ses pratiques, l’économie semble bien souvent incapable d’optimum équitable pour l’ensemble des parties prenantes. Elle s’occupe bien de la demande solvable, beaucoup moins bien des acteurs économiques les moins solvables. Globalement, son efficacité est très relative et ses effets externes assez toxiques. Mettant en question sa propre « durabilité »…

D’après Dominique Steiler, enseignant à Grenoble École de Management (GEM), « la guerre offre toujours au militaire l’horizon d’une paix possible qui rend son engagement compatible avec l’espoir d’un temps meilleur et l’envie de contribuer au bien commun. La guerre économique ne crée pas cette perspective. Elle n’offre aucun avenir et n’a pour horizon qu’elle-même, justifiant ainsi un état de violence institutionnel permanent. » La guerre économique « attise son propre feu par les menaces et les peurs qu’elle engendre – perte d’emploi, délocalisation, chômage… »

De la violence à l’épanouissement

Alors comment échapper à cet état de violence permanente ? Comment réconcilier performance économique et bien-être partagé ? Selon le titulaire de la chaire Mindfulness, Bien-être au travail et paix économique, Grenoble École de Management, soutenu par la Fondation de France, le chemin à suivre tient davantage au management qu’à l’économie. Car au fond, la machine économique est trop vaste et trop complexe pour arriver à la réparer, selon une approche verticale et descendante. A l’inverse, en partant des individus, le management peut et doit passer par leur bien-être social et humain. Dans ce cadre-là, la performance économique n’est plus une fin en soi. Et pourtant, bien des anecdotes, des histoires d’entreprises, laisseraient penser que la paix économique n’est qu’une utopie ! En particulier au sein des plus grandes organisations, les firmes multinationales et les crises qu’elles trainent derrière elles telles des casseroles (vache folle, lait infantile, sucre, perturbateurs endocriniens, particules fines, etc.)

« La paix économique est une orientation pour laquelle une entreprise crée de la valeur sans détruire ses concurrents, manipuler ses clients, exploiter ses fournisseurs, exercer une quelconque violence vis-à-vis de ses collaborateurs et ignorer ses responsabilités sociétales, autrement dit, sans nuire à ses parties prenantes. »

Coopération, compétition, coopétition ?

Le projet proposé par cet enseignant est fort intéressant car il redevient responsabilisant pour chaque acteur économique, sans culpabiliser managers ou employés. Il passe par une vision positive et humaine du management. Cela dit, l’inertie du système politico-économique, l’échelle des valeurs occidentales (compétition, individualisme, pensée à court-terme…) sont autant de freins pour l’avènement de ladite paix économique. Dans ce contexte, l’initiative de cette école de management – loin d’être un cas isolé – aura au moins le mérite de faire progresser l’idée qu’une autre économie est possible !

Laurent

 

 

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