Le socialisme est-il mort ?

Nous sommes entrés, il y a quinze ans déjà, dans le XXIème siècle. Si un bilan d’étape devait être établi, en voici quelques faits marquants :

  • Un système économique globalisé et résolument orienté vers le libéralisme et l’économie de marché. Certes, la concurrence pure et parfaite reste un idéal rarement atteint. Certes, le marché ne peut s’empêcher (voire est amené, laisser-faire politique aidant) de se concentrer pour gagner en suprématie. Une économie à plusieurs vitesses, des PME aux conglomérats plus puissants que des états ! Un système qui favorise quelques gros producteurs, au détriment des petits faiseurs et de la diversité. Une diversité commerciale menacée, à rapprocher, pourquoi pas, de la diversité biologique ?
  • Un système qui connaît de nombreux bugs et autres « crises » économiques et financières, mais qui tarde le plus possible à se réformer, comme on a pu le voir après la douche froide des subprimes, les grandes banques semblant toujours bien au-dessus des lois, bien loin des contraintes de l’économie réelle.
  • Une société qui accentue, en partie par le biais des médias dont Internet, l’individualisme et le plaisir immédiat au détriment du groupe et de l’effort collectif. Menaçant, au passage, la cohésion de la société dans son ensemble, de la famille jusqu’à la nation.
  • Une inégalité croissante, laissant penser que l’idée même d’égalité (des chances, des droits, etc.) a été purement et simplement abandonnée. Une inégalité qui traverse aussi les générations, avec cette vision un peu fataliste comme quoi les « anciens » du baby puis papy-boom auront été les grands gagnants avant que chômage et mondialisation ne mettent tout l’édifice social et économique en péril, pour les générations futures. Du genre « après nous le déluge » et chacun pour soi !
  • Un peu partout, la disparition pure et simple du véritable socialisme (pas un socialisme de marché, dérégulateur, pro-mondialisation, avide de caviar). Parfois, une opposition artificielle gauche-droite, démocrates contre républicains, mais dans le fond guère de différences et beaucoup de convergences sur la conduite d’un pays.

MORT AUX PERDANTS

Comment ne pas croire qu’il est temps de définitivement enterrer le socialisme ? Mort aux perdants ! En Pologne, le socialisme a été éradiqué du paysage politique. Toute référence au socialisme et à la gauche est même devenu carrément ringard et péjoratif. Même la Chine, qui « vit avec son temps », surfe sur l’économie de marché, bien que certains investisseurs occidentaux puissent regretter un reliquat de réflexes planificateurs au sein du PCC (Parti Communiste Chinois).

Aux Etats-Unis, quelques observateurs indépendants (ceux qui ne passent ni sur CNN, ni chez Fox News et autres NBC…) essayent d’expliquer à leurs concitoyens et accessoirement au reste du monde que leur pays n’est pas ce qu’ils croient. Que malgré ses allures libérales et capitalistes, il est temps d’ouvrir les yeux. L’Amérique serait devenue, à grand renfort de fédéralisme, un pays « très socialiste ». Avec un pouvoir central, basé à Washington, qui souhaite décider de tout y compris de ce que le peuple n’a pas forcément envie de faire (exemple : la « guerre contre le terrorisme » ou encore le status quo de la protection santé dite « Obamacare »). Avec ses apparatchiks et ses dynasties qui se refilent le pouvoir (les Bush, les Clinton…) Un pays très planificateur, terriblement inefficace dans la gestion de ses dépenses et de ses dettes. Bref un état « néosocialiste  » qui n’aurait rien à envier à ses anciens rivaux de la Guerre Froide : la Russie et la Chine.

Mais il serait trop simple de tomber dans de l’anti-américanisme primaire, chacun étant prié de balayer devant sa porte. Ainsi l’Europe, sous couvert de progrès démocratiques et économiques (plus libre et plus riche… même si cela peut se discuter, où et qui…) a-t-elle réussi à enfanter d’un véritable monstre technocratique, dans les immenses bureaux de la Commission Européenne à Bruxelles. Dans un style hybride, mi-occidental, mi-stalinien.

socialistesAlors, mort le socialisme ? Ou bien ressuscité, caché pour ne pas effrayer les foules ?

Il est vrai que nous sommes loin de la situation de désespoir du système soviétique, le rationnement et les difficultés à joindre les deux bouts au quotidien. Le rêve consumériste, la dette et le marketing ont fait leur travail. Si bien que plus personne n’ose remettre en question un système qui s’auto-promeut comme le seul, le vrai, l’unique système efficace ! Et pourtant, la social-démocratie ou démocratie de marché actuelle doit beaucoup au socialisme. Que l’on soit ouvrier ou cadre, sans en être conscient l’on profite tous du socialisme, aussi surprenant que cela puisse paraître. Ainsi quelle protection sociale se serait développée (maladie, congés payés, éducation, culture, etc.) sans l’aiguillon de la pensée socialiste ?

Alors côté pile, nous n’avons pas terminé de liquider (ou de dilapider, au choix) l’héritage socialiste. Pourtant, si on aime la vie et qu’on aime sa famille, nul besoin d’être « encarté » PS pour reconnaître les avantages conférés par ce système. Côté face, les choses se gâtent avec toutes les casseroles du passé et, en France comme ailleurs, ce dogme contre-productif qu’est l’assistanat, décrié depuis la Bible (parabole du pêcheur). Et les choses se gâtent pour le socialisme lorsqu’il inspire une armada de fonctionnaires non élus, à Bruxelles comme à Washington ! Les choses se gâtent également avec tout cet éventail de favoritisme (fiscal, social, législatif…) envers certaines méga-entreprises (entreprises pétrolières, géants de la pharmacie ou de la chimie, géants de l’agro-alimentaire, etc. sans oublier ces chers banquiers). Quand le socialisme ne mue en copinage, parfois à caractère mafieux. La pensée socialiste a également contribué à l’instauration des banques centrales, aux quatre coins du monde. Certes ces banques ne sont ni démocratiques (le bas peuple restant systématiquement éloigné de ce haut-lieu de pouvoir), ni selon la logique socialiste, étatisées (à l’instar de la Fed, une banque privée qui s’occupe paradoxalement de l’argent public). Mais leur fonctionnement secret n’est-il pas sans rappeler la gestion calamiteuse des affaires de l’état soviétique ? Culture du secret, opacité, propagande millimétrée…

RENAISSANCE ?

Alors, ce socialisme ? Soit ce n’était qu’un « mauvais rêve », et en fait le socialisme est bien mort. Alors il est urgent de le réinventer, de repartir sur ces valeurs de base, humanistes et « non négociables ». Soit le socialisme, plus malin qu’on ne le croyait, a juste fait le mort, le temps d’une ou deux « décennies sabbatiques ». Juste le temps qu’il lui fallait pour digérer le choc d’Internet et de la mondialisation, pour mieux se réinventer, version politiquement correcte. Comme le prouve la vague de de l’économie « sociale et solidaire », l’économie du partage, le mouvement des villes en transition, etc.

Laurent

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